« La blog academy | Page d'accueil | De l'art de cochon »
18 janvier 2008
La laïcité sur la sellette
La laïcité désigne le principe de séparation des pouvoirs politique et administratif de l'État du pouvoir religieux. Le mot "laïc" désigne les personnes ou les institutions qui respectent ce principe. La conception française est, dans son principe, la plus radicale des conceptions de la laïcité, en comparaison avec les autres Etats. La justification de ce principe est que, pour que l'État respecte toutes les croyances de manière égale, il ne doit en reconnaître aucune. Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l'intimité de l'individu.
Ce principe a été énoncé essentiellement en deux temps. D'une part, sous la Révolution française, notamment dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et qui est reprise par le préambule de la Constitution de 1958, dont l'article Ier rappelle que "La France est une République laïque". Et d'autre part, par la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État, qui introduit les principes de non-ingérence réciproque et de séparation avec les institutions religieuses. La conception française de laïcité a été longue à mettre en place car elle consistait à soustraire l'Etat de l’influence de l’Église Catholique. Il fallait pour l’Église protéger ses privilèges, son patrimoine et ses réseaux et pour l’État composer avec le fait que bon nombre des parlementaires et hommes politiques étaient issues des milieux catholiques pratiquants.
La première application et plus importante traduction concrète de ce principe en France concerne l'état civil : auparavant tenu par le curé de la paroisse, il est désormais tenu par l'officier d'état civil dans la commune et tous les actes doivent être enregistrés devant lui (à l'exception du baptême qui n'est pas un acte enregistré). Ensuite, les cérémonies religieuses n'ont plus de valeur légale et ne peuvent être effectuées qu'après l'enregistrement à l'état civil (sauf pour le baptême). Celles-ci n'ont qu'un caractère optionnel. Par principe, il est permis à chacun de pratiquer ou non la religion de son choix, tant que cette pratique ne va pas à l'encontre des droits d'autrui. Mais cette liberté est limitée, par exemple, pour les fonctionnaires en service qui n'ont pas le droit de porter de signe religieux ou les élèves et étudiants dans les écoles publiques.
Cependant, la loi Debré du 31 décembre 1959 organise le financement de l'école confessionnelle sous contrat. L'État subventionne les écoles religieuses, à la condition que celles-ci signent une convention avec lui. Les écoles doivent accueillir les élèves même si leur religion n'est pas de celle dont se réclame l'école et ne peuvent pas sélectionner sur examen du niveau scolaire. Les écoles doivent suivre exactement les programmes nationaux et les horaires d'enseignement prévus. Les écoles sont soumises au contrôle de l'État, qui surveille le respect de ces obligations. 90% des écoles privées en France sont catholiques.
Pour des raisons historiques, il existe certaines exceptions locales. À Mayotte, le préfet nomme un cadi qui applique la charia en matière matrimoniale et familiale. Cette exception est un reliquat du régime colonial, car la loi de 1905 ne s'appliquait alors pas outre-mer. En Alsace et en Moselle, les ministres des cultes sont rémunérés par l'État et réputés personnels de la fonction publique et l'école publique dispense des cours d'instruction religieuse (catholique, luthérienne, réformée ou israélite). Les cultes reconnus sont très encadrés (nomination des évêques par le ministre de l'Intérieur...) et les actes d'état civil continuent d'être du domaine de l'État. L'Islam n'y est pas un culte reconnu (il n'y avait pas de musulmans en France en 1801), mais on lui applique les mêmes règles (construction de la mosquée de Strasbourg...). La raison historique de cette exception est qu'en 1905, l'Alsace et la Moselle n'appartenaient pas à la France (conséquence de la Guerre de 1870) ; par souci d'apaisement, en 1918, l'État français leur a permis de conserver leurs règles propres.
Ceci étant dit, Nicolas Sarkozy juge cette laïcité hermétique aux religions. On imagine bien que les religions sont satisfaites d'un tel discours. Mais elles ont toute une demande différente. Les Catholiques verraient une réforme de la loi scolaire, les Protestants souhaiteraient créer des associations cultuelles, et les autres confessions souhaiteraient une reconnaissance de leurs fêtes religieuses. Si le président souhaite réformer, il ne doit oublier aucune religion.
Je pense qu'il est préférable de maintenir cette séparation. On a observé dans le temps et on observe encore aujourd'hui les problèmes que pose une implication des religions dans la conduite d'un Etat. Les guerres de religion, les croisades et l'inquisition témoignent de la dangerosité de laisser libre action aux religions et à leurs membres les plus radicaux. Les religions souhaitent donner une image d'ouverture et de paix mais les groupuscules qui organisent l'endoctrinement des jeunes dans le but de fabriquer des kamikazes terroristes compliquent les choses.
Au lieu de lancer une nouvelle réforme qui s'ajouterait aux réformes en cours, il serait plus efficace de combattre les dérives. Tout à chacun a à y gagner en collaborant main dans la main, religieux, croyants, athées, pour lutter contre ceux qui veulent imposer une pensée unique par la violence et la terreur.
12:59 Publié dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, religion, laïc, laïcité















Commentaires
Oui cet article remet la laïcité dans son contexte d'origine et pour ma part je suis entièrement d'accord avec son auteur .Mais Nicolas Sarkozy qui est loin d'être bête et qui sait s'entourer de bon conseillés ne fait-il pas ce genre de déclarations pour éluder les autres sujets de préoccupation des Français ?Pendant que l'on discute du sujet on ne parle pas d'autre chose .Il faut donner un os à ronger aux chiens pour qu'ils se tiennent tranquille!De toute façon je le vois mal remettre en cause les fondements de notre république sans semer le chaos et je pense qu'il ne peux pas aller plus loin que de faire ce genre de déclarations.
Écrit par : Dédé la sardine | 19 janvier 2008
Je pense fermement que nous avons affaire à un président mégalomane dangereux pour l'avenir de notre pays le désastre n'est pas loin.
REMENBER 1933 EN ALLEMAGNE entre les juifs et les non juifs naissance de l'holocauste surtout ne pas toucher au religieux ni au principe de la laïcité en ce moment BUSCH SARKO DEUX DANGEREUX PERSONNAGES POUR LA PAIX MONDIALE
Écrit par : PLANCHON | 25 janvier 2008